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samedi 21 juillet 2018

de 90 à 80 km/h sur 400 000km de routes

Le 1er juillet, les vitesses autorisées de circulation ont été abaissées de 90 à 80 km/h sur 400 000 km de routes bidirectionnelles dépourvues de séparateur central.

Depuis l’annonce, le 9 janvier 2018, de l’abaissement de la vitesse par le premier ministre, la controverse s’est installée dans les réseaux sociaux, les médias et le débat public. Elle n’a pas baissé d’intensité tout au long du semestre qui a séparé la décision de sa mise en œuvre. Au lendemain de la publication du décret, des élus et des associations ont saisi le Conseil d’État pour demander son annulation pour « excès de pouvoir » ! La contestation demeure.

Une large hostilité à la mesure. L’histoire de la politique de sécurité routière montre que la grogne a, le plus souvent, accompagné l’introduction de nouvelles mesures toujours plus contraignantes et répressives. Le gouvernement en a fait un élément fort de sa campagne médiatique et de son argumentaire.
La FFMC conteste l’efficacité supposée de la mesure, dénonce l’injustice qu’elle véhicule et la légitimité de ceux qui ont pris la décision et qui la soutiennent. Les acteurs engagés dans la controverse n’offrent pas de vraies surprises. On y retrouve les parties prenantes traditionnelles de la politique de sécurité routière.

D’un côté, le gouvernement qui peut compter sur le soutien explicite d’associations de victimes (la Ligue contre la Violence routière, en particulier) et « d’experts » en sécurité routière.

De l’autre côté, les opposants rassemblent des associations d’usagers de la route (la FFMC, 40 millions d’automobilistes), des partis politiques d’opposition, des élus locaux et des parlementaires. Enfin, l’opinion publique telle qu’elle est construite par les instituts de sondages et telle qu’elle s’exprime dans les réseaux sociaux s’intègre dans cette large coalition hostile à la mesure.

Un sentiment d’infantilisation. L’insécurité routière n’est plus tolérée et regardée par les Français comme une fatalité. Il n’y a plus de « banal accident de la route ». Cela peut expliquer certaines formes de radicalisation des discours et des prises de parole sans retenue sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux télévisés. L’exaspération est tout à fait réelle chez des usagers de la route. Les amendes existent. Elles ont un coût et parfois relativement élevé selon le groupe social d’appartenance.

Un sentiment d’infantilisation est très largement ressenti suite à l’accumulation de mesures contraignantes. Il est vécu comme une négation de la responsabilité du conducteur et de sa capacité à évaluer le risque pris sur la route

Une inégale exposition aux dangers de la vie. On peut y ajouter le sentiment d’un traitement inégalitaire. Il s’est incarné ici dans toute une série d’accusations : élitisme, parisianisme, mépris du monde rural, mépris des élus... Les conducteurs peuvent, en toute bonne foi, se sentir victimes d’un arbitraire ou d’une stigmatisation. Ils peuvent, avec la même bonne foi, ignorer le tribut plus important que certains groupes sociaux payent à l’insécurité routière : les garçons, jeunes, moins diplômés, issus des classes populaires...

L’accident de la route résulte aussi d’une inégale exposition aux dangers de la vie. Ce sont les membres des classes moyennes et populaires qui empruntent davantage les routes secondaires, principales cibles de la mesure !

Au-delà de la passion automobile et des inégalités face à l’insécurité routière, on peut invoquer des éléments plus généraux : la méfiance à l’égard du politique, la crise de confiance dans les élites, l’opposition entre l’expérience quotidienne du conducteur et les difficultés de tous les jours sur la route. Des voies sont mal entretenues, des erreurs individuelles de conduite sont fréquemment visibles, des incivilités au volant se multiplient.
On peut hélas y voir aussi de la part du gouvernement, l’expression d’une défiance à l’égard des technologies. Au moment où les nouvelles technologies vont dessiner l’avenir de la sécurité routière (les véhicules autonomes, la sécurité active et passive des véhicules, les routes « intelligentes » connectées) à très court terme, le gouvernement ne propose ici que de durcir la règle et de recourir à la sanction et à la répression. Il se place hors de notre temps et prend la mesure la plus facile et la moins courageuse qui soit.

Une exaspération profonde contre la mesure. Au-delà des exaspérations individuelles, largement relayées par les réseaux sociaux, la surprise vient surtout de l’hostilité et de la dureté des oppositions au sein de la société française.

La coalition des opposants, la FFMC et 40 Millions d’automobilistes en tête, a mené une forte mobilisation qu’il s’agisse de manifestations, de la saisie de parlementaires ou même de l’offensive judiciaire lancée au lendemain de la publication du décret auprès du Conseil d’Etat. Le travail de lobbying a été mené en direction de l’opinion publique et des médias. Les élus locaux et les parlementaires ont également été mobilisés.

Ces actions ont réussi à polariser le débat public autour d’oppositions entre ruraux-urbains, parisiens-provinciaux, peuple-élite, science-expérience. Mais cette mobilisation, pourtant bien relayée par les médias, est demeurée sans effet sur la machine gouvernementale.

Un gouvernement inflexible. Relais des associations comme la FFMC et sensibilisés à l’état de l’opinion, les groupes politiques d’opposition au gouvernement s’en sont également saisi. Ils ont fait campagne sur le sujet. Bien évidemment, on ne peut pas écarter les arrière-pensées politiques, l’espoir de gains à court terme dans l’opinion publique. Mais la longueur de la contestation fait aussi que la mesure tant décriée ne peut être isolée des autres réformes lancées en cours d’année. La sécurité routière permet le détournement du débat d’autres sujets jugés politiquement beaucoup plus risqués.

Des élus - parlementaires et exécutifs territoriaux - se sont également saisis de la question. Mais cela contribue à une polarisation, où tous s’opposent à moindre coût au gouvernement et au premier ministre.

Pour autant, aucune de ces mobilisations n’a infléchi la position gouvernementale. Il en est de même des arguments avancés, qu’il s’agisse de la dénonciation du passage en force gouvernemental, de l’impopularité de la mesure, de l’injustice qu’elle pourrait causer, de son inefficacité à venir, de la « pompe à fric » des radars, de l’état déplorable des infrastructures, des différences territoriales ou encore de l’affront fait aux élus locaux.

Pour la FFMC, la principale cause de notre frustration est peut-être là. Mais cela n’est pas synonyme d’abandon. Ce ne sera ni le premier ni le dernier combat que mènera la FFMC après l’entrée en vigueur d’une mesure qu’elle rejette. A suivre …